L'art du commentaire

Ce qui fait la force du blog, en tant que support de publication électronique, c'est son invitation à l'interactivité. Depuis les sites de l'ère du web 1.0, pour lesquels une ligne éditoriale était choisie, puis des pages publiées dans un esprit d'organe de presse (publication d'articles n'appelant pas à l'échange ou n'invitant pas au dialogue), les sites ont évolué en tirant partie du caractère communautaire d'internet. Après les premiers forums et livres d'or ajoutés aux sites, il était temps de passer à un niveau d'interaction plus fin : le blog était né.

Réagir à l'article

C'était une révolution en soi, car au lieu d'écrire à l'auteur en espérant qu'il mette à jour son article (sa page) ou d'ajouter un message sur un livre d'or global mélangeant tous types de message, il est alors devenu possible de réagir à l'article, précisément. Et même de continuer une discussion. Ainsi, l'article n'est jamais vraiment terminé puisque de nouveaux contributeurs viennent ajouter leurs idées, partager leurs avis, et enrichir le débat.

C'est une forme d'engagement gagnante à tous les niveaux : le blog gagne en profondeur (si l'on considère que l'information est traitée sous différents aspects complémentaires, et ce même dans le cas d'avis divergents) en s'enrichissant continuellement, tandis que de son côté le contributeur peut exprimer son point de vue, nouer un contact avec l'auteur et les autres commentateurs, et se faire connaître. Peut-être même, reconnaître par ses pairs, gagner en crédibilité, expertise, e-reputation, etc

Application au référencement

A la base, les logiciels de blog comme Dotclear et WordPress ou toute autre plateforme de publication de type CMS, autorisent les commentaires dans les articles. Cela se traduit par un formulaire dans lequel le contributeur saisit un nom, une adresse email, une adresse de site internet et le texte de son message. Par défaut, le logiciel fusionne l'URL du site avec le nom, ce qui fait que l'internaute qui lit un article commenté peut cliquer sur le nom pour accéder au site du commentateur. C'est ce qui fait toute la puissance de l'interaction. En effet, si je rédige un commentaire pertinent suite à l'article, les autres lecteurs souhaiteront peut-être me connaître davantage s'ils trouvent mon point de vue intéressant, et visiter mon site pour découvrir si je publie d'autres informations complémentaires ou connexes. C'est là toute la force du blog : l'engagement communautaire. Sur les blogs spécialisés, c'est à dire thématiques, cela permet de constituer une base de connaissances pointues si l'on suit les liens des commentateurs. Lorsqu'une interaction se noue entre auteurs et contributeurs, la relation peut devenir forte entre les individus, qui deviennent alors des lecteurs fidèles, voire des amis : c'est ainsi que se créé une communauté, basée sur l'échange, le partage et la discussion sur un ou plusieurs sujets.

Blog et SEO

Au départ, tout se passait bien : les articles étaient commentés par des internautes intéressés et souvent intéressants...

Puis les spécialistes du référencement ont commencé à s'intéresser aux blogs et aux possibilités offertes par les commentaires dans le but de créer un lien vers un site, avant même de chercher à contribuer intelligemment à l'article. En se basant sur le constat que les robots des moteurs de recherche suivent les liens, il devenait ainsi possible d'intégrer le commentaire de blog dans une stratégie de netlinking.

Il s'en est suivi un détournement du commentaire qui est devenu rapidement exploité en masse. C'est à dire que peu à peu, les articles se sont vu commentés à tord et à travers, en dépit de tout bon sens. Ainsi, un article sur la pêche à la truite en Amérique devient vite la cible de commentateurs professionnels, signant leurs messages sans aucun lien avec le sujet de noms farfelus, voire même de mots génériques et descriptifs du site internet vers lequel ils pointent.

Ces commentaires n'apportent rien à l'article et décrédibilisent le blog qui devient alors "spammé" (victime de messages non sollicités et indésirables). Les logiciels spécialisés sont alors rapidement apparu, qui permettent de commenter de façon automatique ou semi-automatique toute plateforme de publication en ligne ouverte à la contribution. On parle aujourd'hui de SpamCo, c'est à dire de spam dans les commentaires d'articles.

Les lecteurs d'EtaZuni curieux et désireux d'en savoir plus pourront lire l'article suivant qui propose un point de vue original sur le sujet, en associant le fait de voir un blog spammé avec la popularité : http://omnireso.fr/post/2012/01/17/Le-SpamCo-ou-commentaire-de-spam

La contre-attaque des blogueurs

Pour pallier à cette déferlante de spammeurs, les blogueurs ont plusieurs possibilités :

  1. Modérer les commentaires (à priori ou à posteriori)
  2. Utiliser un filtre anti-spam (ici Askimet)
  3. Décourager le spam en attribuant la relation "Nofollow" à tous les liens dans les commentaires
  4. Fermer les commentaires

Les trois premiers cas de figure sont généralement utilisés conjointement. Le plugin Askimet permet de faire un premier tri automatique, basé sur une liste de mots bannis (blacklist), mais aussi sur une typologie de commentaire (une empreinte, c'est à dire que beaucoup de spamco reposent sur la même mise en forme : souvent une phrase élogieuse suivie par une deuxième contenant des mots sans rapport avec le billet de blog, cf. article sus-cité). Askimet permet également de filtrer les spams grâce à des listes d'IP fournies par des services comme SpamHaus.

192 commentaires dont 44 commentaires indésirables

Légende photo : Aperçu de l'icône "commentaires" dans le tableau de bord Dotclear

Crédit photo : Etazuni Août 2012

Coupler Askimet avec une modération manuelle permet de sélectionner les commentaires. C'est une étape très importante dans la vie d'un blog. En effet, un blog constitué d'articles sans aucun commentaires envoi un signal plutôt négatif. Cela peut signifier

  1. Que le blog n'accepte aucun commentaire : l'auteur peut alors être perçu comme prétentieux ou n'acceptant pas la critique, ce qui n'est pas un gage d'ouverture pour un blogueur
  2. Pire encore : que le blog n'est pas lu. S'il n'est pas visité, il n'est pas populaire. Tout comme une terrasse de restaurant déserte n'invite pas les promeneurs affamés à s'y assoir pour manger, un blog avec une tribune vide n'invite pas l'internaute à participer. (Et dans ce cas, seuls les robots spammeurs envoient leurs liens, ce qui est d'une tristesse infinie pour le blogueur...)

Il est donc capital de modérer les commentaires, afin de sélectionner et de publier les messages pertinents qui apportent une valeur ajoutée à l'article. En effet, tout site acceptant par défaut de publier les commentaires abusifs risque de se voir pénalisé, comme le démontre l'article suivant à propos du message d'avertissement ("il est possible que ce site ait été piraté") de Google dans une page de résultats de recherche : http://buzz.marketing.free.fr/spip.php?article47

Devoir de modération

Cette sélection parmi les réactions des internautes permet de fidéliser l'audience tout en enrichissant son propre billet. Le blogueur doit donc penser à régulièrement vérifier qu'Askimet ne déplace pas dans la catégorie des commentaires indésirables de vrais messages constructifs. Cela demande du temps car il faut le faire manuellement et régulièrement, mais permet de constituer une communauté de contributeurs qui reviendront probablement échanger sur d'autres billets.

commentaires non publiés

Légende photo : Est-ce parce qu'il contribue depuis les Etats-Unis que Julien aka @seomuscle est souvent filtré (IP ban) ?

Crédit photo : EtaZuni d'après Twitter Août 2012

Si le blogueur ne fournit pas ce travail de modération, les participants risquent de ne plus revenir puisqu'ils auront le sentiment de parler dans le vide. Les plus pugnaces tenteront sans doute de prévenir le propriétaire du blog par mail ou sur les réseaux sociaux en lançant une bouée de sauvetage du type "Je suis dans tes spams", qui indique à l'auteur qu'il est passé à côté d'un commentaire intéressant (tout est relatif, il peut aussi s'agir de consentement mutuel entre référenceurs selon le principe du libre échange de lien, et les commentaires, sans être complètement en dehors du sujet, sont parfois légèrement insipides... Mais ceci fera l'objet de prochains billets). Ces faux-positifs peuvent être amenés par l'utilisation de serveurs proxies repérés par Askimet/SpamHaus. Or, en soi, utiliser un proxy n'a rien de répréhensible et permet de protéger un tant soi peu sa vie internet (voir les articles sur les scripts de tracking, les mouchards et autres spywares qui étudient le comportement des internautes, cf. http://sans-publicite.eu).

Sortir un commentaire du dossier spam

Légende photo : Un appel à l'aide (appel à modérer/publier un com') entre membres de forum

Crédit photo : EtaZuni d'après screenshot du forum forum.webmaster-rank.info

Pour cet exemple, le dénouement a été rapide et heureux et les commentaires ont bien été publiés, comme le montre la capture d'écran ci-dessous :

déplacer un commentaire depuis la corbeille

Légende photo : Le modo a sorti les coms de la corbeille des indésirables !

Crédit photo : EtaZuni d'après screenshot du forum forum.webmaster-rank.info

Conclusion

En conclusion, ne croyez pas qu'il suffit d'installer Askimet sur son blog pour dormir tranquille ! Au contraire, il s'agit de ne jamais s'endormir et de penser à régulièrement valider les commentaires. Cela demande du temps, d'autant plus que les éditeurs de sites populaires reçoivent des dizaines voire des centaines de commentaires par jour après la publication d'un nouvel article (et ce chiffre est à multiplier par le nombre de sites édités par ces éleveurs de blogs). C'est ce qu'on appelle la rançon du succès !

La validation de commentaire permet de constituer une communauté active là où une validation laissée en mode tout automatique va vite rendre les internautes lecteurs amers et déçus.

Car contribuer demande également du temps, et ne pas voir son message publié c'est à la fois évoquer le temps perdu et envisager la censure (volontaire ou non).

J'espère que cet article vous a rappelé l'importance de vérifier les dossiers "spam / indésirables" de votre blog. Et maintenant, je vous souhaite une bonne modération à toutes et à tous !

Et vous, combien de temps consacrez-vous à la modération de commentaires ?

PS : En complément, j'invite les blogueurs spammés à détourner quelques liens de contributions clairement abusives vers l'adresse de ce site exactement dans la problématique : http://www.spammeur-bourrin.com/